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Construire des territoires d’un autre genre ?

Perspectives géographiques sur des territorialités marginales dans l’espace touristique


HDR de Emmanuel JAURAND (ESO Angers) soutenue en Novembre 2010 à l'Université de Nice-Côte d’Azur
Direction :
  • GAY Jean-Christophe, Université de Nice-Côte d’Azur


Le dossier d’HDR comprend trois volumes :

            Le volume 1, Itinéraire scientifique et curriculum vitae (100 p.), développe les grandes étapes et la logique d’une trajectoire singulière en géographie. Les recherches menées successivement sur une vingtaine d’années couvrent la géographie physique, l’histoire de la géographie (à travers celle du commentaire de cartes) puis la géographie humaine. Elles sont confrontées à l’évolution du paradigme dominant de la géographie française.

            Le volume 2, Recueil de publications (1999-2010) (308 p.), organisé de façon thématique, rassemble des articles portant sur les espaces et territoires du nudisme et du naturisme (1ere partie), les espaces sexués et le genre (2e partie), l’histoire et l’épistémologie de la géographie (3e partie), ainsi que des contributions pédagogiques en rapport avec les territoires, plus spécialement littoraux (4e partie).

            Le volume 3, Mémoire inédit (184 p.), constitue la pièce maîtresse du dossier d’HDR, auquel il donne son titre. A partir des travaux déjà effectués, notamment les enquêtes de terrain sur les plages et le nudisme, il propose une réflexion d’ensemble sur l’approche géographique des territorialités gays, incluse dans la géographie des genres et des sexualités qui tend à émerger en France au cours des années 2000 dans le prolongement des travaux anglo-saxons. Les trois premiers chapitres précisent les positions de recherche générales adoptées sur cet objet d’étude hybride. Le chapitre 1 passe en revue l’état de la littérature scientifique sur les territorialités et le tourisme gays, en expliquant le retard de la géographie française, par rapport à la géographie anglo-saxonne et aux autres sciences sociales, mais aussi le rattrapage opéré dans les années 2000. Le chapitre 2 précise le cadre théorique et conceptuel de la recherche : celle-ci relève d’une géographie à la fois culturelle et sociale, prenant en compte les individus et les groupes comme des acteurs spatiaux et approchant le tourisme à partir des pratiques et des représentations. L’homosexualité et le tourisme permettent de questionner le concept de territoire, dans ses diverses déclinaisons, et de vérifier son fort potentiel analytique pour la géographie. Le chapitre 3 développe les problèmes méthodologiques particuliers qui se posent en rapport avec les objets d’étude marginaux que sont l’homosexualité et le nudisme : une pluralité de méthodes, pour certaines inspirées des sciences sociales, et notamment de la microsociologie, pour d’autres d’usage plus courant et classique en géographie, permet de pallier la faible visibilité et le manque de sources officielles sur ces phénomènes ; la question du rapport personnel du chercheur à son objet est envisagée pour situer la recherche et les résultats produits. Le chapitre 4 développe un bilan et un approfondissement des recherches menées sur les plages nudistes, en examinant les modalités d’appropriation et de construction de territoires dans l’espace public par les gays. L’accent est mis successivement sur leur place dans le système des acteurs, le rôle du corps dans le marquage du territoire et la réalisation de l’identité, la fonction et le sens de ces territoires en relation avec la sexualité et le genre, en s’appuyant sur une comparaison avec les territorialités lesbiennes, enfin les relations entre ces constructions territoriales et l’espace touristique et géographique dans lequel elles s’insèrent. La territorialisation gay repose sur des tactiques de détournement de l’espace public et la mobilisation d’un capital spatial acquis avec l’expérience des lieux marginaux. A partir des résultats tirés de l’étude de la territorialisation gay sur les plages nudistes, le chapitre 5 réalise un élargissement thématique vers le tourisme gay et un élargissement spatial à d’autres lieux. Un cadrage et des perspectives de recherche sont proposés autour de travaux en cours ou à venir : ceux-ci portent sur les relations entre le tourisme et la construction de l’identité gay, notion aussi utile que critiquable. L’aspiration à l’expression libre de son identité passe par la quête d’espaces ressentis comme accueillants, en tout cas moins contraignants que l’univers habituel. A l’échelon local, les destinations du tourisme gay se caractérisent par une forte urbanité, absolue ou relative, permettant la rencontre : la question se pose de savoir si ces lieux touristiques, en particulier littoraux, seraient aussi investis par les gays pour la résidence définitive, notamment de retraite. A l’échelon mondial, les lieux touristiques gays opèrent une mondialisation sélective, s’organisent en réseau et donnent une visibilité à une tribu gay transnationale qui a précocement utilisé l’Internet pour s’affirmer : des études sur Shanghaï voire Dubaï permettraient de suivre de possibles développements, pour l’instant embryonnaires, d’un tourisme gay à la fois produit et vecteur de la mondialisation, s’adaptant aussi aux contextes nationaux et locaux (degré de visibilité variable). La conclusion principale est que la construction contemporaine de l’identité gay passe par l’espace selon deux modalités principales : d’une part la recherche d’un ancrage territorial, même éphémère, en écho au sentiment d’être déplacé ; d’autre part la mobilité, résidentielle ou touristique, pour cette dernière à travers des réseaux permettant la constitution d’une communauté gay mondiale.

 

Pour citer le mémoire inédit : Emmanuel JAURAND, Construire des territoires d’un autre genre ? Perspectives de recherche sur des territorialités marginales dans l’espace touristique, dossier d’habilitation à diriger des recherches, t. 3, université de Nice-Sophia Antipolis, 2010, 184 p.