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Les écosystèmes urbains à Sousse « aspect paysager et bien être humain »


Thèse de Rania AJMI (ESO Angers)
Direction :
Financement :
  • PHC Maghreb

Composition du jury :


    La Tunisie fait partie du groupe de pays du sud de la Méditerranée où les écosystèmes urbains sont en dégradation suite à l’importance du processus d’étalement urbain déclenchés dans les villes. De plus, les services de ces écosystèmes souffrent du changement climatique et d’une pression humaine croissante et elles sont de plus en plus sujettes à différents défis socio-économiques. Ainsi, sans une gestion durable, elles risquent de devenir un frein sérieux au développement et au bien être humain. Lancé dans les ODD, la Tunisie ne cesse de mettre en place des stratégies de développement de ville durable. Ainsi parmi les axes stratégiques développés pour la ville de Sousse on trouve la protection du patrimoine, et le renforcement des aspects culturels. C’est dans ce cadre que s’inscrive le sujet de thèse intitulé : « Les écosystèmes urbains : aspect paysager et bien être humain ».

    Pickett et al. (1997, 2001) ont définis les écosystèmes urbains comme «écologie de la ville», qui considère des zones urbaines entières comme des écosystèmes, comprenant des caractéristiques bâties et des systèmes socio-économiques. Selon d’autre chercheurs, ils les considèrent comme des unités spatiales, interconnectées et organisées dans une hiérarchie imbriquée d'échelles spatiales et à chaque échelle, ils peuvent être classés et partitionnés selon différentes combinaisons de processus et de caractéristiques sociales et environnementales (Barnes et al. 1982; Grove et al. 2015; McPhearson et al. 2016; Pickett et al., 1997, 2001; Wu 2014). Toutefois, Savard et al., (2000) ont soulignés que ces écosystèmes diffèrent en termes de localisation géographique, de taille et le type de paysage qu’ils modifient. Il est essentiel de prendre en compte les facteurs paysagers dans la gestion de la biodiversité urbaine. Plus récemment, Brown Isaac (2017) a soulevé que les écosystèmes urbains peuvent être considérés comme des combinaisons dynamiques de caractéristiques naturelles, construites et sociales associées à une zone urbaine. De ces définitions on retire la complexité des relations d’une ville avec son environnement.

    Au cours des dernières décennies, ce principe s’est enrichi en intégrant des enjeux et des exigences écologiques qui concernent notamment la qualité du cadre bâti, et une nouvelle vision du vivant centré sur la biodiversité ayant pour objectifs « d’améliorer la qualité de vie et le lien social, d’adapter la  ville au changement climatique, de préserver la biodiversité et les services que l’on retire du bon fonctionnement des écosystèmes, et, enfin, de promouvoir des modes de production et de consommation durables qui soient favorables notamment au maintien et au développement des filières économiques de proximité ». C’est dans le cadre de cette thèse, que nous proposons de développer une approche, qui vise à simplifier cette relation en mettent en exergue des enjeux de biodiversité et socio-culturels.

    Ce travail de recherche sera traité à travers un regard multidisciplinaire portant sur l’analyse des écosystèmes urbains, organisation spatiale, évolution, fonctions, gestion et ses services des espaces verts urbains dans le cas de la ville de Sousse. En second lieu nous analyserons l’influence des activités anthropiques, plus particulièrement les opérations de gestion et les pratiques des usagers, sur les communautés de ces espaces verts. Troisièmement, nous mettrons en place un cadre conceptuel sur l’évaluation des services urbains qui pourra être adapté à d'autres villes, en particulier à celles ayant une écologie similaire, comme les villes méditerranéennes à savoir Marrakech et Alger.

    La démarche méthodologique adoptée dans cette thèse tendra vers une démarche intégrée d’évaluation et de représentation des écosystèmes urbains tenant compte d’une perspective interdisciplinaire et des enjeux environnementaux et sociaux :

    • L’inventaire des espaces verts sera réalisé sur des avenues et quartiers choisis en concertation avec les acteurs de la municipalité de Sousse, les historiens et les partenaires du projet PHC Maghreb. Il s’agira donc de mieux caractériser leur structure et fonctionnement. Une question particulière portera sur la trajectoire de ces espaces verts depuis la période coloniale. Une  base de données sur la palette végétale de ces écosystèmes sera mise en œuvre et l’implémentation en information multidisciplinaire (services, biodiversité, symbole, esthétique, valeur patrimoniale, identité,…) sera effectuée au fur et à mesure de l’avancement des travaux de terrain et de laboratoire.
    • Comprendre les différents changements formels et fonctionnels qu’a connu le végétal dans la ville de Sousse, à travers une étude diachronique sur plusieurs époques : précoloniale, coloniale et postcoloniale. On s’appuiera, pour cela, comme référence, sur l’évaluation de l’état actuel des espaces verts de la ville, qui sera menée parallèlement dans le cadre du projet PHC Maghreb « Le végétal dans les villes coloniales maghrébines ».
    • Les perceptions des habitants sont en correspondance avec l’approche urbanistique : la nature en ville contribue à la qualité des espaces urbains et du cadre de vie. Elle permet de répondre aux attentes de loisirs et de bien-être, tout en offrant des lieux  de rencontre, de lien social, de promenade. Cette évaluation sera réalisée par entretien semi-directif auprès des résidents des zones d’étude sélectionnées. Il incombe aux acteurs de ces territoires de prendre ces paramètres en compte pour garantir la résilience des écosystèmes urbains face au changement climatique. Il s’agit de concilier densification urbaine et nature en ville, tout en limitant l’étalement urbain pour préserver les écosystèmes urbains.
    • L’application d’un essai d’évaluation des services urbains de la ville de Sousse

    A une échelle plus grande, l’évaluation et le suivi de la biodiversité en milieu urbain seront testés par l’Indice de Singapour ou indice de biodiversité urbaine qui est un outil d’autoévaluation de l’état de la biodiversité des villes et de leurs actions en faveur de celle-ci. Différents indicateurs sont en lien avec les services écologiques : la régulation de l’eau, la régulation du climat et les services récréatifs et éducatifs. A travers son calcul périodique, l’indice de biodiversité urbaine permettra aux collectivités de mesurer la pertinence de leurs dispositifs et politiques de préservation de la biodiversité en ville et son évolution dans le temps. Il pourra être utilisé comme ligne directrice pour l’élaboration de plans d’action en faveur de la biodiversité. Cet essai sera précédé par un examen des principes fondamentaux des écosystèmes urbains et se terminera par une typologie d’écosystèmes urbains de la ville de Sousse, un outil fondamental de la gestion des écosystèmes urbains, dans le contexte des ODD de cette région. Le cadre conceptuel mis en œuvre pourra être adapté à d'autres villes, en particulier à celles ayant une écologie similaire, comme les villes méditerranéennes à savoir Marrakech et Alger.