ACCÈS AU SITE DE L'UMR

La dimension spatiale des réseaux d'acteurs.

Construction et rôle(s) des réseaux locaux dans l'innovation territoriale.


Thèse de Nina AUBRY (ESO Angers)
Direction :
Financement :
  • Contrat doctoral


Si le réseau est une notion initialement très mobilisée dans le monde des ingénieurs techniques, elle s’est développée en géographie et en économie à partir du XIXe siècle. Pour autant la reconnaissance de la notion en géographie est récente et encore partielle : l’étude des réseaux urbains constitue la principale entrée de la notion de réseau en géographie (in Lévy et Lussault, 2013). Il s’agit donc ici un champ à creuser. L’objectif, n’est pas d’étudier les réseaux dans le sens des réseaux techniques, des réseaux urbains, ni des réseaux techniques composant les territoires urbains, mais de s’y intéresser au sens des sciences de gestion. La thèse se concentre sur les réseaux de personnes : réseaux associatifs, familiaux, politiques, militants, professionnels, religieux, entrepreneuriaux. Concevoir ces différents réseaux sociaux dans leur(s) dimension(s) territoriale(s) implique de s’interroger sur le rapport (et apports) qu’ils entretiennent avec les territoires dans lesquels ils se développent. Il s’agit donc de se demander dans quelle mesure, au même titre que les individus, les réseaux participent de la construction des territoires.

En reconnaissant l’importance du contexte et de « la dépendance de sentier » (path dependency) (Dopfer, 1991), la thèse envisage des conditions initiales de développement qui ne soient pas uniquement caractérisées en termes de dotations mais surtout en tant qu’organisations socioéconomiques de l’espace (Moulaert et Nussbaumer, 2008, 20). Hirschman (1964) voit dans la coordination et dans l’organisation les clefs de la problématique du développement. Ainsi, « ce n’est pas dans les facteurs de croissance eux-mêmes qu’il faut chercher une explication au développement, mais dans la capacité à les coordonner en rapport avec la culture, c’est-à-dire en continuité ou en rupture avec elle » (Moulaert et Nussbaumer, 2008, 40). Cette réflexion théorique sur le développement structure l’approche proposée dans la thèse depuis les capacités d’innovation technologique vers les dimensions sociales et territoriales de l’innovation. L’approche de l’innovation est encore bien souvent réduite et limitée à sa seule dimension technologique ou organisationnelle limitant de fait ses bénéfices à un nombre de territoires réduits, majoritairement urbains bien que des travaux aient pu montrer dans un passé récent le rôle des innovations dans les milieux ruraux. Pour autant, d’autres formes d’innovation, de plus en plus nombreuses, émergent depuis des territoires qui ne présentent pas une forte intensité́ technologique et qui sont peu denses. La thèse se focalise donc sur la mobilisation des populations locales, de la société civile autour d’innovations telles que les circuits courts qui révèlent une vitalité et un renouvellement pour ces territoires. Dans un élargissement de la notion schumpetérienne de l’innovation, la thèse s’attarde à comprendre les innovations comme des processus qu’elles soient techniques, organisationnelles, institutionnelles ou sociales (Torre, 2015). Ainsi l’objectif de cette thèse est donc bien de se demander dans quelle mesure les réseaux d’acteurs impliqués dans les processus d’innovation territoriale participent de la construction des territoires.