ACCÈS AU SITE DE L'UMR

Interconnecter deux systèmes de santé à leur confins : l'exemple de la frontière franco-brésilienne


Thèse de Capucine DAO (ESO Angers)
Direction :
Financement :
  • CIFRE

Composition du jury :


     

    Administrativement, le fleuve Oyapock sépare la Guyane de l’Etat brésilien de l’Amapa mais constitue plutôt dans les faits un espace de convergence pour les populations riveraines, indépendamment des limites des deux pays. Tant à l’échelle régionale que nationale le bassin de l’Oyapock est situé aux confins des territoires nationaux : la Guyane par son statut de département et région d’outre-mer est distante de plus de 7000km de l’Hexagone, tandis la ville frontalière brésilienne d’Oiapoque, est connue comme « la ville où commence le Brésil ». Au niveau régional le bassin de l’Oyapock constitue une extrémité éloignée : il faut entre 8 et 12 heure de route selon la saison pour relier Oiapoque à Macapa, capitale fédérale de l’Amapa, et 3h pour effectuer le trajet Saint- Georges Cayenne.

    Dans le champ de la santé les deux pays partagent des problématiques similaires de part et d’autre de la frontière oyapockoise : forte prévalence des maladies épidémiques, difficulté d’accès aux soins en lien avec la précarité des populations et notamment migrantes et l’éloignement des grands centres de santé. L’offre de soins de part et d’autre de la frontière est limitée, et les soins les plus complexes et/ou techniques nécessitent une prise en charge au niveau régional, voire parfois aux Antilles, dans l’Hexagone ou dans un autre Etat brésilien que l’Amapa.

    La situation du bassin de l’Oyapock illustre donc le fait que les espaces frontaliers sont à la fois des terminaisons de système et des zones de contact. Les systèmes de santé sont organisés de façon pyramidale des soins primaires (en proximité) aux soins secondaires et tertiaires de plus en plus spécialisés et nécessitant des plateaux techniques (en centralités). Dans les zones frontalières on trouve en général de services de premier niveau qui réfèrent aux niveaux supérieurs en cas de besoin, vers le centre du pays. Or il est parfois plus pertinent de référer à un centre de l’autre côté de la frontière, parce qu’il est plus proche ou parce que le bassin de vie est transfrontalier et que les populations « ignorent » cette frontière qui peut être parfois artificielle pour eux. Dans d’autres cas, l’implantation théorique optimale d’un centre de niveau supérieur pourrait se situer sur la frontière justement, au milieu de ce bassin transfrontalier. Ceci vaut également pour l’ensemble des politiques et actions publiques impactant les déterminants de la santé des populations, ainsi que pour la gestion des flux de patients et des recours transfrontaliers aux services.

    La  thèse Cifre s’inscrit dans le cadre du programme « Oyapock Coopération Santé », en observation participante en tant que salariée d’un des partenaires (l’association !Dsanté). Ce programme de coopération initié en 2017 associe 3 partenaires franco-brésilien avec pour objectif l’amélioration de la prévention et de la prise en charge du VIH, des violences faites aux femmes et des grossesses non désirées dans le bassin transfrontalier. L’objectif est d’analyser la zone transfrontalière franco-brésilienne comme la terminaison des systèmes de santé en s’appuyant sur la mise en œuvre de ce projet de coopération. En effet, a déployé un modèle de coopération original intégrant à la fois les partenaires du projet mais également les acteurs locaux et institutionnels. Le programme est fondé sur la coopération entre trois structures du territoire, chacune responsable d’un volet spécifique du projet.

     

     Mots-clés de recherche : frontière, santé, coopération