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Le parc Amazonien de Guyane, une forêt habitée : Le tourisme d’observation de la faune sauvage comme outil de transformation du regard interprétatif sur la nature, dans la perspective d’un développement territorial durable


Thèse de Laura JANNOT (ESO Angers)
Direction :

Composition du jury :


    1. 1.      Du développement durable au tourisme d’observation de la faune sauvage

     

    Les préoccupations environnementales et notamment la crainte de l’épuisement des ressources non renouvelables dateraient du XIXe siècle, avec notamment, « l’effet de serre » identifié par Arrhenius en 1895. (Haigneré, Saïfi, Guesnerie, 2003). Le rapport Meadows en 1972 intitulé en français : « Halte à la croissance ? » amène à une remise en cause du modèle occidental et notamment sur la nécessité de trouver un équilibre à la fois économique et écologique. De ce rapport va émerger le concept de développement durable. (Pickel Chevalier, 2017)

     

    1.1 Le développement durable 

     

    Le rapport de Brundtland en 1987, rédigé par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations Unis, sera utilisé comme base pour le Sommet de la terre de Rio. Il donne pour la première fois un sens clair au « développement durable » bien que ce terme n’existe pas encore officiellement. L’objectif de ce concept et de proposer un mode de développement qui intègre les enjeux de la consommation, ainsi que l’importance d’un rééquilibrage des richesses entre les pays du « nord » développés, et les pays « du sud » en développement.

     

    « Le développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de « besoin », et plus particulièrement les besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient de donner la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. [....] au sens le plus large, le développement soutenable vise à favoriser un état d’harmonie entre les êtres humains et entre l’homme et la nature ».(Rapport de Brundtland,b- chap II.)  

     

    La notion de développement durable sera officiellement adoptée lors du Sommet mondial de la Terre à Rio, en juin 1992. Lors de cette conférence internationale, est réalisé un état des lieux des grandes problématiques qui aujourd’hui marquent les politiques publiques et privées en matière de développement durable, comme le réchauffement climatique ou le gaz à effet de serre. A l’issue de cette conférence en ressort l’Agenda 21 (pour le XXIe siècle), qui comporte 27 principes essentiels à mettre en place pour donner un sens au développement durable. Il sera adopté par 173 chefs d’Etat et de gouvernement. Le développement durable associé un volet environnemental, mais aussi économique et social (Veyret, 2012) L’homme et l’environnement ne sont plus dissocier, il n'est plus question uniquement d’environnement mais également de l’amélioration de la qualité de vie humaine, tout en ne pénalisant pas les générations futures. Il insiste également sur le fait que la croissance mondiale doit être partagée pour réduire les inégalités. Son objectif vise à concilier l’économie, le social et la protection de l’environnement. La création des parcs nationaux est la matérialisation de ce triptyque, et vise à ces objectifs de durabilité. Toutefois, le développement durable, n’est pas un concept scientifique, c’est un projet de développement qui correspond à un changement de paradigme. C’est un instrument crée par des organismes dans le but d’impulser des politiques de développement, dans ce sens, le développement durable n’est pas un outil de compréhension mais de construction du monde. C’est donc la manière dont les sociétés vont s’approprier ce concept qu’il faut étudier. (Pickel Chevalier, 2017)

     

    1.2 le tourisme durable 

     

    L’activité touristique en tant qu’activité humaine génère inévitablement une pression environnementale qu’il est essentiel de qualifier et de mesurer aussi bien dans ses externalités positives que négatives (Ratel, 2014) Le tourisme durable s’inscrit dans cette démarche.  Il est fondé sur trois principes : la protection de l’environnement, le respect des populations et cultures locales ainsi que le développement économique local. Il est défini par l’Organisation mondiale du tourisme, comme une façon :

     

    « d’exploiter de façon optimale les ressources de l’environnement qui constituent un élément clés de la mise en valeur touristique, en préservant les processus écologiques essentiels et en aidant à la sauvegarder les ressources naturelles et la biodiversité ; respecter l’authenticité socioculturelle des communautés d’accueil, conserver leurs atouts culturels bâtis et vivants et leurs valeurs traditionnelles et contribuer à l’entente et à la tolérance interculturelles ; assurer une activité économique viable sur le long terme offrant à toutes les parties prenantes des avantages socioéconomiques équitablement répartis, notamment des emplois stables, des possibilité de bénéfices et des services sociaux pour les communautés d’accueil, et contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté. » (Charte du tourisme durable, 1995).

     

    1.3 Le tourisme d’observation de la faune sauvage 

     

    L’intérêt que porte désormais l’homme à son environnement a donné naissance à une nouvelle forme de tourisme. En effet, « l’homme occidental » s’étant tellement éloigné de ce dont il était le plus proche, la nature, il veut aujourd’hui se retrouver en son sein, communier, l’appréhender, et l’observer de diverses manières. Le tourisme animalier ou tourisme d’observation de la faune sauvage sous-entend une interaction avec la faune et son milieu. Cette forme de tourisme est souvent étroitement liée avec la notion d’écotourisme qui implique des notions de développement durable. Christian Pihet (2007 : 1), le définit de la façon suivante :

     

    « Le tourisme animalier se caractérise par des interactions visuelles et physiques avec des animaux « sauvages », vivant dans leurs milieux habituels. Les jardins zoologiques et leurs extensions récentes, les « parcs de vision », souvent situés à proximité des centres touristiques, n’en font pas partie. Les interactions sont très variées, allant de l’observation passive et distanciée de la faune jusqu’à la chasse. Par ses localisations préférentielles dans les espaces préservées, le tourisme animalier partage la plupart des objectifs de l’écotourisme. Le souci d’observer puis de préserver des espèces forme le cœur du tourisme animalier. Il s’inscrit donc par conséquent dans un objectif de maintien en l’état des écosystèmes ou tout au moins d’une part notable de ceux-ci grâce au système des réserves ».

     

    1.4 L’écotourisme 

     

    Dans sa définition Christian Pihet explique que le tourisme animalier partage la plupart des objectifs de l’écotourisme, qui est défini par l’Association internationale sur l’écotourisme (International Ecotourism Society) et confirmé par la déclaration de Québec sur l’écotourisme (2002 : 2) :

     

    « L’écotourisme peut être défini comme une forme de tourisme contribuant activement à la protection du patrimoine naturel et culturel et qui inclut les communautés locales et indigènes dans son développement afin de contribuer à leur bien-être. »

     

    On peut observer que l’écotourisme ajoute une place au patrimoine culturel, il y a une notion de développement des populations locales. Il semble donc essentiel de les inclure dans le tourisme animalier comme facteur de développement des territoires. Toutefois, la volonté de s’impliquer pour les populations locales reste complexe. En ont-ils réellement envie et besoin ? En ont-ils la capacité technique (capacité d’accueil des touristes, formation) ? De plus, cela est-il compatible avec leur mode de vie traditionnel ?  Les touristes ont de plus souvent des attentes difficiles à appréhender pour ces populations (accès à des sanitaires, eau chaude, nourriture « occidentale »)

     

    L’écotourisme peut être envisagé comme une pratique éthique du tourisme qui prend en compte les besoins des populations d’accueils, en créant notamment des emplois et en préservant les zones naturelles. Toutefois, cette volonté d’imposer un développement touristique à des populations « autochtones » a eu de nombreuses conséquences, notamment en Guyane française en 1969 avec la suppression du territoire de l’Inini qui s’est ouvert au tourisme. Cela a conduit à de nombreux abus, et à la promulgation en 1971 d’un arrêté préfectoral pour limiter toute forme de « tourisme sauvage » (Navet & Mohia, 1990 ).

     

    1. 2.      Enjeux du tourisme d’observation de la faune sauvage 

     

    Le tourisme d’observation de la faune sauvage a pour vocation la préservation de l’environnement à travers la sensibilisation et l’éducation des touristes et des habitants du territoire où il se développe, sa mise en place en ces termes reste complexe. Relation avec les habitants du territoire, conflit de territoire entre les hommes et les animaux, modification du comportement des animaux, modification du rapport à l’environnement, cela étant variable et différent en fonction du territoire où cette forme de tourisme est pratiquée, mais aussi en fonction du rapport qu’on les hommes avec leur environnement. C’est dans ce contexte social où les préoccupations environnementales sont de plus en plus médiatisées, que va s’articuler une économie du tourisme en lien avec les animaux (Wolch 2002), dans laquelle l’écotourisme sur certains territoires est parfois dénoncé comme incapable de concilier économie et protection de l’environnement (Lozato-Giotart 2006). Selon Christian Pihet (2007), l’écotourisme ne répond pas toujours de façon durable à la complexité que pose la rencontre entre les touristes et la faune sauvage. Dans de nombreux pays, la satisfaction touristique prime au détriment du bien-être animal. De plus, il explique que les emplois crées suite à cette demande touristique sont très peu qualifiants. Il faut être réaliste, la conservation des espaces souffre souvent d’incompatibilité avec les réalités politiques, comme l’illustrent l’exploitation pétrolière en Alaska, ou le projet (avorté) de la Montagne d’Or en Guyane.

     

    La réalisation de ces objectifs est complexe compte-tenu notamment de la sensibilité des espèces animales (Cette sensibilité ce manifeste par la capacité d’aller vers un état qui leur est favorable et de fuir celui qui ne l’est pas (Richard : 2014)) et de la cohabitation difficile avec l’homme, ou inversement. En effet, le regard porté par les humains sur le monde animal varie dans le temps et dans l’espace (Descola 2005), ainsi que les modes de catégorisation du vivant (Lévi-Strauss 1962, Haudricourt 1962), qui loin de revêtir des aspects essentialistes constituent une véritable construction sociale (Berger et Luckmann 1966, Pickel-Chevalier 2014). Le rapport entretenu par le monde occidental soulève ainsi aujourd’hui de nombreuses questions et enjeux, notamment d’ordre philosophique et éthique (Singer 1975 et 1993, Taylor 2013). L’écologie profonde, qui représente une vision éco-centrique de la Terre, se caractérise par la défense des valeurs intrinsèques des êtres vivants. Ce qui signifie, que la nature dans sa globalité devient détenteur de droits, et commande un certain nombre d’obligations morales et juridiques. Un des principes développés par Naess (1989) dans ses huit thèses sur l’écologie profonde est que l’homme, contrairement à ce que l’on avait toujours penser, n’était pas un être unique. Que le droit d’exister et de se développer ne lui est pas seulement réservé, c’est ce qu’il nomme, l’égalitarisme biosphérique. Ce principe a toutefois été modifié dans les années 1980 pour un principe plus indulgent, celui de valeur intrinsèque qui est valable aussi bien pour les humains que pour les non-humains. Il appelle à ce que les individus se déconstruisent de leur ancienne valeur pour en fonder de nouvelles.

     

    2.1 L’éthique de l’environnement 

     

    L’écologie profonde nous invite à quitter notre vision anthropocentrique de la nature pour un équilibre plus global. Si elle fait aujourd’hui l’idéologie d’ONG de défense de l’environnement, elle nous invite surtout à une déconstruction de l’anthropocentrisme qui se caractérise par une nouvelle démarche éthique, politique et spirituelle qui place l’homme au centre d’un tout et non au-dessus de tous. L’éthique de la terre de Aldo Leopold (1966) amène à un élargissement des frontières qui intégraient dans la communauté le sol, l’eau, les plantes et les animaux.  Peu importe que la communauté biotique soit une valeur économique ou non pour l’homme, son équilibre doit être maintenue. Ce courant de pensée philosophique amène à un décentrement de soi, elle rejoint d’une certaine manière un principe du développement durable pour la préservation des ressources pour les générations futures. Cela conduit à une prise de conscience de sa place dans la nature.

     

    Luc Ferry (1992) s’y oppose, et dénonce notamment les travaux de Naess. Son ressenti face à ses écrits est équivoque. Pour lui la technologie est la solution aux problèmes environnementaux que notre société moderne rencontre. Il dénonce les pourfendeurs des écologistes militants comme des apologues de la technologie (Flipo : 2010). Toutefois, nous sommes en droit de nous interroger sur la capacité de la technologie, qui a avant tout servi à soumettre la nature, qui maintenant doit être utilisée pour résoudre les problématiques de la crise environnementale que nous vivons. (Flipo 2010)

     

    La valeur intrinsèque des autres êtres vivant, relèvent d’une interprétation. Dans la phase de Bentham (1970) « La question n’est pas : peuvent-il raisonner ? Ni : peuvent-ils parler ? Mais : peuvent-ils souffrir ? » Il explique que la possession du langage n’est pas un critère de la considération morale, pour lui, les non-humains ne sont pas conscients d’eux-mêmes. De plus, il désigne une valeur uniquement à l’être capable de ressentir de la douleur physique. Les cailloux, plantes, arbres ne sont donc pas inclus dans sa vision de pensée. Il ne défend que les êtres animés, cette philosophie animale est donc différente de l’éthique de l’environnement développée plus haut.

     

    La vision qu’ont en partie les populations autochtones, (nous entendons par populations autochtone ou forestières, les populations qui vivent en milieu tropical et qui sont dépendantes en grande partie des ressources de la nature) est décrite comme animiste par Descola (2005) ce qui complexifie les différents regards sur l’espace et les comportements qui y sont associés et confronte donc deux visions a priori opposées, la vision « animiste » et la vision « naturaliste » occidentale de la nature et ses habitants, dans une perspective de développement touristique. Cet état de fait engendre inévitablement une modification de l’organisation territoriale. Notamment la question de la chasse de subsistance, les populations forestières se nourrissent de la faune sauvage, mais c’est aussi cette faune sauvage que viennent voir les visiteurs. D’un point de vue touristique la mise à mort d’un animal peut avoir des conséquences sur la perception du territoire et sur l’appréciation du voyage effectué (Hinch : 1998). Il est donc essentiel de mettre en place une gestion territoriale qui soit adaptée, avec notamment la sensibilisation des visiteurs, la diffusion de règles auprès des opérateurs touristiques mais aussi une organisation de l’espace. Ce sont donc des questions d’équilibre qui se posent, comme l’a souligné Christian Pihet, souvent les touristes sont privilégiés, or dans les territoires où la relation à la nature est différence, où elle est qualifiée d’animiste cela ne peut pas être envisagé. Ce qui n’empêche pas que les impacts sur la faune puissent avoir de graves conséquences, d’où l’importance d’étudier la philosophie des acteurs impliqués. Le tourisme d’observation peut aussi être envisagé comme un élément perturbateur pour les populations forestières, en plus de la perturbation environnementale que cela peut engendrer, il y a un risque de folklorisassions de la culture. L’objectifs est donc de réussir à identifier les termes d’une conciliation entre les différents acteurs, les populations forestières qui ont besoin de gibier pour leur survie, la protection des espèces et leur habitats et l’accueil des touristes avec leurs attentes et parfois exigences, pour que cette forme de tourisme soit envisagée comme un outil de développement territoriale local durable.

    2.2 Les espaces naturelles protégées : lieu privilégié pour l’observation de la faune sauvage 

     

    Un exemple d’espace social (Condominas 1980) et institutionnalisé où se jouent ces relations humains-animaux est la réserve animalière. On retrouve différentes catégorisations d’espaces protégés en France (INPN) où se pratique l’observation de la faune sauvage.

    « Selon l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), un espace protégé est « un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen efficace, juridique ou autre, afin d'assurer à long terme la conservation de la nature ainsi que les services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés » » (Source : site internet UICN)

     

    En France il existe différentes catégories d’espaces protégés et cela à différentes échelles qui relèvent d’un type de protection plus ou moins important, en fonction de la localisation et des espèces qui y sont présentes. On retrouve des zones qui sont protégées de façon légale (parcs nationaux, réserve naturelles) mais aussi des territoires qui sont acquis par des établissements publics, des collectivités ou des associations afin d’en assurer la conservation. Tous ne sont pas ouverts et propices au tourisme d’observation de la faune sauvage.

     

    Leur mise en place provient principalement d’une volonté institutionnelle relevant d’une politique publique. Certains Parcs Nationaux peuvent s’étendre sur plusieurs centaines de milliers d’hectares. Les animaux dans ses espaces deviennent donc une ressource à gérer, dans une vision anthropocentrique de la nature qui autorise la chasse avec des quotas sur certains espaces protégés. L’objectif étant de maintenir la biodiversité, mais aussi d’assuré la durabilité et la bonne gestion des ressources fauniques (Chanteloup 2013).

     

    Les espaces protégées et notamment les Parcs Nationaux ont une fonction d’ouverture au public, la promotion pour le tourisme de nature et d’observation de la faune sauvage est développée. Pourtant cela ne fait pas partie des missions de la RNCFS. Le statut de l’espace est alors très important à prendre en compte afin d’identifier les différentes dynamiques qui s’y développent. Il faut aussi souligner que si les différents statuts sont connus des gestionnaires, les visiteurs ne font probablement pas la différence entre un parc naturel régional et un parc national. Toutefois elle a une importance notamment sur les moyens mis en œuvre par les espaces et les objectifs de protection mis en place dans ses espaces.  (Chanteloup : 2013)

     

    1. 3.      Question de recherche 

     

    • Quel est en fonction des différentes populations sur le territoire de la Guyane leur rapport à l’animal et à la forêt tropicale ?
    • Comment se positionne les populations face au tourisme, quelle sont leur volonté de développement et cela modifie t’elle la relation qu’ils entretiennent avec la faune sauvage ?
    • La rencontre avec la faune sauvage modifie t’elle le rapport que les hommes occidentaux entretiennent avec les animaux ? Comment vivent-ils la rencontre ?
    • Le Costa Rica peut-il être un modèle de développement écotouristique pour le territoire de la Guyane ?
    • Le tourisme d’observation de la faune sauvage peut-il être facteur de développement durable du territoire et permettre la protection de la biodiversité fragile et mise à mal par l’orpaillage illégale ?
    • Comment évaluer les impacts de l’orpaillage sur l’activité touristique d’observation de la faune sauvage ?  
    • De quelle façon le tourisme pourrait être perçu comme une activité économiquement durable lorsque le milieu est détruit par l’orpaillage illégal ? Comment parler de la qualité environnementale aux Amérindiens qui vivent à l’intérieur ou en bordure des espaces protégées, lorsque la forêt est prise en otage par des milliers d’individus clandestins qui y travaillent sans conscience pour l’environnement et la biodiversité ?
    • Développer l’activité touristique dans ses espaces, peut-il permettre de mobiliser les forces de l’ordre pour maintenir la sécurité et éradiquer ses activités illégales ?
    • On observe en Guyane une demande accrue de la viande de brousse, ce qui développe la chasse à vocation commerciale et non plus de subsistance. La chasse comme elle et pratiquer par les « citadins » a-t-elle un impact sur le développement du tourisme d’observation de la faune sauvage en Guyane ?

     

    1. 4.      Problématique 

     

    Compte-tenu de l’engouement collectif vis-à-vis de la faune sauvage et notre impact grandissant sur cette dernière, un défi de taille est à prendre en compte aujourd’hui pour les territoires : l’intégration du tourisme d'observation de la faune au sein des espaces naturels protégés. Ce dernier engage aujourd'hui des relations différentes entre hommes et animaux, mais aussi entre les hommes eux-mêmes. Une nouvelle concurrence de l’espace se développe entre les populations locales et leur mode de vie, les animaux, le besoin des touristes de se « reconnecter » à la nature, l’importance de la recherche scientifique, mais aussi la cohabitation avec des orpailleurs et des chasseurs, selon des enjeux et des formes de rationalité propres qui restent à étudier.

     

    Le tourisme d'observation de la faune sauvage peut-il être un agent de développement durable territorial, favorisant la compréhension interculturelle d'interprétations endogènes et exogènes de la construction sociale nature ? Le cas du Parc naturel de Guyane.

     

    1. 5.      Terrain de recherche : Le Parc national de Guyane

     

    La collectivité territoriale guyanaise constitue à ce titre un espace particulièrement intéressant à étudier : d’une surface de 83 846 km2, représentant la plus vaste réserve naturelle française, elle concentre à elle-seule 80% de la richesse animalière française. Ses spécificités en termes géographiques, zoologiques comme socio-économiques constituent un type-idéal (Weber 1965) des relations entre les humains et les animaux dits « sauvages », dans une perspective des effets sociétaux du tourisme, et plus particulièrement du tourisme animalier.

    La Guyane se caractérise par deux grands milieux principaux : une bande côtière constituée de mangroves, de marécages, de savanes et de forêt littorale d’une part, et une vaste zone forestière sur tout le reste du territoire d’autre part. Cette immense forêt, malgré une apparence d’uniformité, recèle des milieux variés en particulier dans la composante géographique ; la biodiversité se décline en variation dont la connaissance n’est qu’à peine effleurée.  La Collectivité Territorial de Guyane dispose d’espaces protégés particulièrement exceptionnels avec : le plus grand parc national de France et de L’Union européenne, la deuxième plus grande réserve naturelle, la plus grande réserve naturelle périurbaine, des sites classés parmi les plus étendus. Ce seul département français abrite au moins 98 % de la faune vertébrée et 96 % des plantes vasculaires de la France. La France héberge 10 % de la biodiversité mondiale.

     

    Mais au-delà de leur dimension, ces espaces protégés regorgent de divers écosystèmes tropicaux. En effet, si on en croit les chiffres de l’UICN (Union mondiale pour la nature) la Collectivité Territorial compterait : 

    • 5 000 espèces de plantes à fleurs et fougères différentes 
    • 1 200 espèces d’arbres 
    • 500 poissons d’eau douce 
    • 700 oiseaux 
    • 160 reptiles 
    • 65 espèces d’amphibiens 
    • 180 mammifères terrestres

    Sans compter ce qui reste à découvrir, ce qui en fait un département particulièrement propice au tourisme d’observation de la faune sauvage. 

     

    C’est en 1942 que s’installe timidement sur le territoire la notion d’espace protégé, avec la « réserve naturelle de la Mirande ». (DREAL Guyane 2014 : 128) Il faudra attendre les années 1990, pour que se développe une politique en faveur de la création d’espace protégé et ce avec : «L’émergence sur la scène internationale des préoccupations relatives à l’importance écologique et bioclimatique des forêts tropicales et en particulier de la forêt amazonienne». (TSAYEM DEMAZE Moïse : 2018)

     

    À ce jour en Guyane on compte 8 types d’espaces protégés différents comme :

    • des réserves naturelles nationales (RNN) : qui ont pour mission de protéger et gérer le patrimoine naturel remarquable ou menacé. (Tsayem Demaze Moïse : 2018) Ils sont gérés par un organisme local et un comité consultatif et le conseil scientifique.
    • une réserve naturelle régionale (RNP) : les missions sont sensiblement identiques à celle d’une RNN, elles sont en revanche crée par la Région. Elles relèvent donc d’une stratégie régionale en termes de protection de la biodiversité, mais elles sont également un outil de valorisation du territoire.
    • des arrêtés préfectoraux de protection du biotope (APPB) : ses arrêtés s’appliquent aux milieux naturels peu exploiter par l’homme mais qui habite des espèces faunistique et floristiques protégées (au titre des articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l’environnement). L’objectif étant de s’assurer de la conservation des biotopes.
    • des propriétés du Conservatoire du littoral : l’objectif est d’acquérir des espaces naturels afin de garantir leur protection définitive et les protège de tous projet d’urbanisme ou agricole.
    • des réserves biologiques : elles ont pour missions la protection des forêt publiques. Il en existe deux types :

    o    les RBI Réserve Biologique Intégrales, mise en place par l’ONF, dans ses espaces, des études sont menées, elles permettent également de gérer la conservation de ses espaces naturels.

    o   Les RBD Réserve Biologique Dirigées, leurs missions et de conserver les milieux et les espèces remarquable.

    • un parc naturel régional (PNR) : sa vocation est la protection ainsi que la mise en valeurs des espaces ruraux habités. C’est une initiative locale qui est porté par la région.
    • Le Parc Amazonien de Guyane, Par National (PAG) : il a pour objectif principale de « soutenir des projets s’inscrivant dans le respect du milieu naturel (…), notamment dans le domaine de l’écotourisme, ainsi que celui de la valorisation du patrimoine culturel dans un souci de développement local durable » (Lochon & Linarès : 2003 ; Tsayem Demaze Moïse : 2008)

     

    5.1 Les menaces 

     

    L’activité humaine est la menace principale qui pèse sur cette biodiversité d’exception. Pour cela, de nombreuses zones protégées ont été développées afin de pallier cette problématique. Or, une particularité en Guyane, ce que n’avait pas comme difficulté la métropole dans la création de ses espaces protégés, c’est l’intégration des populations locales. La Guyane représente dans ce sens un défi, car elle doit concilier culture ancestrale, activités de subsistances, comme la chasse et la pêche, avec la conservation du patrimoine naturel fragile.

     

    L’orpaillage : c’est aujourd’hui près de 6000 à 10 000 orpailleurs illégaux répartis sur le territoire, en partie venus du Brésil, qui organisent le pillage des ressources de la Guyane, on les appelle les garimpeiros. L’orpaillage qu’il soit légal ou illégal peut difficilement être envisagé de manière durable, car cette activité cause des dommages irréversibles à l’environnement exploité. Afin de limiter les dégâts depuis 2006, l’utilisation du mercure pour amalgamer l’or est interdite (Laperche V, nontanovanh M, Thomassin J.F : 2008). Malheureusement cela n’empêche pas les clandestins d’acheter ce produit particulièrement nocif au Suriname ou au Brésil et de le ramener illégalement sur le territoire français. Les garimpeiros utilisent également du matériel semi-industriel pour extraire l’or, des pelles mécaniques, des pompes à eau à haute pression appelées « lance monitor », etc. L’utilisation de ce matériel a pour conséquence de détruire durablement le site exploité. L’extraction de l’or favorise aussi indirectement la mobilisation du mercure qui est naturellement présent dans le sol en Guyane, ce qui augmente les effets négatifs sur la santé des populations locales. La World Wildlife Fund (WWF) estime à 10 tonnes d’or produit sur le territoire, et ce principalement là où la biodiversité est la plus fragile, illégalement dans les espaces protégés.

    5.2 Le Parcs Amazonien de Guyane (PAG) 

     

    Le Parc National de Guyane qui est classé parmi les trente plus grands Parcs au monde avec une superficie de 33 900 km2 revêt la particularité d’être habité par des groupes humains autochtones. Toutefois, la mise en place du parc amazonien a révélé toute la complexité de conciliation entre les différents acteurs sur ce territoire. Ce projet initié en 1992 au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro mettra plus de quinze ans à s’officialiser. Il est passé d’une volonté des naturalistes de protéger et de mieux gérer un patrimoine naturel de deux à trois millions d'hectares de forêt tropicale, à une remise en cause radicale de notre façon de gérer et protégées la nature. Il a soulevé notamment de nombreuses questions sur le droit des populations autochtones et locales, ainsi que sur le problème de l'orpaillage clandestin et des différentes pollutions engendrées par cette activité (Fleury & Karpe 2006). A ce jour les Amérindiens sont toujours victime des méfais de l’orpaillage illégale au sein du parc. Les sites illégaux se trouvent pour la grande majorité en amont des cours d’eau. C’est exactement là que vivent les populations amérindiennes. La déforestation opérée par les clandestins laisse une terre infertile, de plus les Indiens consomment en grande majorité des poissons qui eux sont contaminés par le mercure. C’est pour cette raison qu’ils avaient demandé l’installation de système d’adductions à l’eau potable dans les villages. A cela s’ajoute un problème sanitaire, les clandestins venus en grande majorité du Brésil rapporteraient avec eux des maladies telles que le paludisme, cette maladies transmises par les moustiques. Les clandestins n’hésitent pas, si l’occasion se présente, à voler les produits agricoles et les moteurs hors-bord des canots des Indiens. Nous sommes en droit de nous demander « dans un contexte où l’écotourisme est perçu comme la valorisation économique durable du milieu naturel, comment peut-on faire venir les touristes lorsque les rivières sont troubles ou la forêt est abîmée ? (Ekomie Obamé, 2012)

     

    En vue de la richesse écologique et culturelles du département, le développement de l’écotourisme a été une des priorités pour le ministère du Tourisme et ceux depuis les années 1990. Des 1995, un colloque est dédié au « tourisme durable en Guyane », il a permis d’identifier tous les acteurs en lien avec cette activité sur le territoire. Il a également conduit à la signature d’une « Charte pour un écotourisme respectueux de la nature de Guyane » cette charte a pour fondement : (Lariche : 2018)

    • déplacement par petit groupe pour minimiser les perturbations ;
    • la pêche en mer et en rivière est uniquement possible pour se nourrir, sinon elle est interdite, de même que la chasse ;
    • le ramassage des ordures ;
    • le dérangement des animaux devra être évité afin de ne pas les éloigner de leur territoire ou de mettre en danger leur mode de vie ;
    • les sites archéologiques seront respectés ;
    • les touristes auront à leur disposition des informations et une documentation complète sur l’écosystème guyanais ;
    • l’intégration des habitants locaux dans le personnel d’encadrement ;
    • la contribution financière aux actions de protection de la nature ;
    • et qu’aucune terre communautaire des populations locales ne sera privatisée pour le fonctionnement de cet écotourisme (hébergements, restauration)

     

    5.3 L’activité touristique en Guyane 

     

    Pourtant l’activité touristique en Guyane peine à se développer sur le long terme en raison notamment d’un climat sociale tendue, immigration massive, pauvreté, choque culturel entre les populations Amérindienne et les visiteurs (Ekomie Obame Landri 2012) principalement métropolitain. Il semble impératif d’analyser le développement de l’écotourisme sur ce territoire afin de comprendre dans quelle mesure le tourisme d’observation de la faune sauvage peut permettre impulser le secteur du tourisme dans l’économie.

     

    Une recherche centrée sur l’approche théorique et conceptuelle, au travers les écrits relatifs à l’écotourisme sera entreprise entre le territoire guyanais et le Costa Rica, un des pays pionniers en matière d’écotourisme et de la protection de la biodiversité. Nous étudierons les dimensions tout à la fois géographiques, politiques, sociales, économiques et environnementales de ces deux territoires, pour tenter de saisir les facteurs qui ont fait de ce dernier un pays à l’avant-garde de la protection de la faune, de la flore, et surtout de l’écotourisme. Nous chercherons également à identifier si la « mise en tourisme » de la faune sauvage sur ce territoire a modifié le regard des populations sur ce dernier. Dans quelle mesure la mise en place des actions de protection de la biodiversité au Guyane a-t-elle été motivée par des perspectives touristiques ou par une réelle volonté de protection ? Cette interrogation pourrait nous amener à moduler l’éventuelle modification de comportement des habitants vis-à-vis de la faune sauvage.

     

    1. 6.      Hypothèses de réponse que la démarche de terrain permettrait de valider/invalider 

     

    • Le tourisme d’observation de la faune sauvage peut être vecteur de développement durable et de protection de la biodiversité guyanaise en comparaison avec le Costa Rica qui a réussi à concilier développement économique et protection de la biodiversité en éradiquant l’orpaillage et interdisant la chasse, à travers une autre utilisation de l’espace et notamment les zones de confins qui souffrent de l’orpaillage illégal et d’une chasse difficilement contrôlable.

     

    • Les différentes cultures présentes sur le territoire de la Guyane sont autant de représentations et de relations différentes avec la nature. Elles représentent une multitude de connaissances et de savoirs sur la biodiversité présente comme sur les moyens de la sauvegarder. Ses savoirs sont diffusés très souvent oralement, et représentent pourtant un atout pour le développement, la valorisation, mais aussi la durabilité de l’activité que peut représenter le tourisme d’observation de la faune sauvage en Guyane.

     

    • La mise en place des actions de protection de la biodiversité est rejetée par les populations qui vivent à l’intérieur ou en bordure de ses espaces, car à ce jour ils sont toujours victimes des activités d’orpaillage illégal. Dans cette perspective il est difficile d’envisager le tourisme comme une activité économiquement durable lorsque le milieu est détruit par l’orpaillage illégal. 

     

    • L’imaginaire dans la perception d’une destination touristique peut être producteur de territorialité. La valorisation de la richesse biologique de la destination de Guyane, notamment à travers la notion de paradis vert, permettrait de casser l’image de dangerosité naturelle présente dans l’inconscient collectif, en permettant un développement touristique territorial pour la destination tout en fédérant les différents acteurs du territoire autour d’un patrimoine perçu comme commun.

     

    1. 7.      Objectif de recherche 

     

    Les objectifs de cette recherche dans le cadre d’une thèse de doctorat en géographie sont donc les suivants :

    • comprendre comment les dynamiques du tourisme d’observation de la faune agissent, réagissent et réorganisent l’ensemble du système territorial ;
    • mettre en avant les possibilités de cette forme de tourisme en Guyane dans une démarche de protection de la biodiversité ;

    • définir si la mise en place du tourisme d’observation de la faune change les perceptions et les comportements, aussi bien des habitants que des touristes en une période de questionnement et de re-définition des rapports parfois conflictuels entre humains et animaux ;
    • mieux comprendre les enjeux touristiques et territoriaux du tourisme d’observation de la faune sauvage, associés à la gestion et la protection de cette faune ;
    • apporter un éclairage sur les effets des différentes pratiques touristiques sur les populations fauniques ;

     

    1. 8.      Méthodologie 

     

    Cette recherche s’articule dans une approche de la géographie humaniale, une géographie sociale avec des préoccupations environnementales, de développement durable que se situe ses recherches. En effet, nous chercherons à comprendre les différents rapports d’appropriation de l’espace, populations locales, animaux, touristes, ainsi que les différentes relations entre les hommes et les animaux au sein des espaces protégées. 

    Le constructivisme structuraliste sera choisie pour ce travail de recherche. Il est défini de la façon suivante par Pierre Bourdieu :

    « Par structuralisme ou structuraliste, je veux dire qu'il existe, dans le monde social lui-même, [...] des structures objectives indépendantes de la conscience et de la volonté des agents, qui sont capables d'orienter ou de contraindre leurs pratiques ou leurs représentations. Par constructivisme, je veux dire qu'il y a une génèse sociale d'une part des schèmes de perception, de pensée et d'action qui sont constitutifs de ce que j'appelle habitus, et d'autre part des structures sociales, et en particulier de ce que j'appelle des champs. » (Source : http://sociol.chez.com/socio/socionouv/consstru_bourdieu.htm)

    Cette démarche vise à écarter la posture positiviste selon laquelle seule la validation des connaissances par une démarche expérimentale peut expliquer le monde réel. (Le Moine : 2007)

    Le corpus de connaissance au travers une étude de la littérature relative à la géographie et plus largement des sciences humaines et sociales étudiera le rapport à l’animal, au tourisme et plus particulièrement au tourisme en Guyane. Ce qui nous conduira à affiner à notre hypothèse et notre problématique.

    L’analyse de l’évolution structurelle du tourisme et de la protection de l’environnement en Guyane (analyse des études quantitatives, statistiques, etc.) nous conduira à constituer l’outil pour nos premières observations terrain. Et ainsi permettre l’analyse de l’évolution du rapport construit à l’environnement, à la nature et à la faune sauvage, au sein des parcs : au travers des questionnaires avec les touristes, permettant de mieux cerner de façon globale leur profil, motivation, représentation puis des entretiens qualitatifs avec les populations locales, les responsables sociopolitiques du parc, des touristes…

    D’un point de vue méthodologique, ce travail doctoral s’appuiera donc sur une étude bibliographique approfondie faisant appel à plusieurs disciplines des sciences sociales (géographie, sociologie, anthropologie), à des méthodes d’observation participante en Guyane française ainsi qu’à des outils et méthodes qualitatives de recueil d’information (entretiens individuels et de groupe) et d’analyse des rapports homme / faune via l’analyse des représentations et des pratiques des populations locales et touristiques en la matière.

    L’objectif est dans un premier temps de revenir sur les liens existant entre la géographie et l’animal. Pour cela il semble essentiel de revenir sur la question de l’évolution du traitement de l’animal dans la discipline, et ses différents regards sur les relations humains-animaux :

    • la zoogéographie qui traite de la spatialisation de la faune aux XIXème et XXème siècles (Hartshorne 1939,  Newbigin 1913, Veyret 1951 ) ;
    • la « New Cultura geography », un courant de la géographie anglo-saxonne qui traite notamment de l’impact de l’homme sur son environnement, et des différentes interactions et relations entre les humains et les animaux (Stuart 1954) et envisage l’animal comme des êtres à part entière (Wolch 2002, Benhammou 2007, Estebanez 2010) ;
    • la géographie Humanimale qui  traite de l’étude de la relation entre les humains et les animaux et l’agentivité de la faune qui leur reconnait une capacité à prendre des décisions (Estebanez 2011).

     

    Une seconde phase de recherche bibliographique doit être développée notamment en sociologie et anthropologie avec l’étude de la juste place des animaux qui garantit une bonne cohabitation (Mauz 2002), ainsi que sur l’évolution du rapport entre l’occident et la nature et plus particulièrement notre relation à la faune sauvage (Pickel- Chevalier 2014) Deux notions s’opposent en Occident, l’animal domestique et l’animal sauvage. La frontière entre les deux trouve sa source dans un dualisme ontologique (Descola 2005, Lastour 1991) qui peut en partie expliquer la fascination et le fantasme que peuvent représenter certains animaux considérés comme sauvages (Campion-Vincent 2002), tandis que d’autres apparaissent dans les bestiaires maléfiques (Thomas 1983) comme les serpents ou les araignées. Au-delà de la question des représentations des espèces animales pour le tourisme d’observation de la faune sauvage en milieu tropical, ce constat nous amène à nous interroger sur l’évolution des constructions sociale avec les différentes catégories d’animaux et sur la notion de distance et de frontière aussi bien pour la sécurité des hommes que pour celle des animaux.

    Ce qui nous conduit à l’étude du tourisme d’observation de la faune sauvage, sa mise en place, l’organisation territoriale qui en découle, et l’apport pour les territoires concernés. Cette phase de recherche nous conduira à étudier en détail la mise en place du tourisme d’observation de la faune sauvage au Costa Rica. Cette première recherche exploratoire nous permettra de comprendre la mise en place de cette forme de tourisme et les apports pour le territoire. Nous rechercherons également à comprendre la construction de l’imaginaire collectif autour de cette destination

    Cela nous amènera à une quatrième phase de recherche bibliographique spécifique à la France et notamment au territoire de la Guyane, pour à la fois revenir sur l’histoire du territoire et sur la mise en place des actions de protection de la nature et identifier les différentes pratiques du tourisme d’observation de la faune qui s’organise sur le territoire. En Guyane, la richesse culturelle est telle qu’il est essentiel avant tout de bien définir les différentes communautés qui y habitent. Ensuite nous pourrons envisager de cibler des représentants de groupes autochtones afin de nous entretenir avec les représentants des différentes communautés. A titre d’exemple, il est essentiel dans le cadre de cette recherche de s’entretenir avec les représentants du Grand Conseil Coutumier. Des entretiens avec des Amérindiens et des Bushinengue et éventuellement des Surinamiens devraient permettre d’identifier leur positionnement aussi bien vis-à-vis de la faune sauvage que du tourisme, mais également des chasseurs, des orpailleurs légaux et illégaux dans la mesure du possible (le statut illégal de leur activité rendant particulièrement sensible la mise en œuvre d’une telle démarche), ce qui pourrait venir enrichir nos propos. Mener des entretiens avec les responsables d’espace protégés, notamment la réserve des Nouragues, et le responsable de la station de recherche du CNRS, Mr Philippe Gaucher, semble également incontournable.

    8.1 Collecte de données 

    Les entretiens doivent nous permettre d’identifier le positionnement des différents acteurs vis-à-vis de la faune sauvage, des pratiques développées autour de la faune sauvage, ainsi que la perception que peuvent en avoir les touristes et les communautés locales. 

    Les entretiens menés seront enregistrés à l’aide d’un dictaphone. Pendant chaque entretien, une prise de note sera également assurée en se concentrant sur les informations essentielles et en précisant les conditions du déroulement de l’entrevue. Une grille de questionnement sera préparée au préalable afin d’assurer le bon déroulement de l’entrevue. Dans un premier temps il peut être intéressant de mettre en place des entretiens informatifs, qui pourraient nous permettre de dresser un panorama du tourisme d’observation de la faune au sein du territoire de la Guyane.

    Envisager un questionnaire quantitatif auprès d’un nombre important de touristes pourrait nous permettre de saisir les différentes perceptions des deux territoires. Nous pourrions alors identifier la représentation que peuvent en avoir les touristes.

    Un travail observatoire pourrait être organisé sous deux formes, une observation directe et une observation participante. 

    • L’observation directe d’activités en lien avec le développement des activités en lien avec la faune sauvage sera basée sur une grille d’observation préparée au préalable. Lors de cette observation directe, la position d’étudiant chercheur ne sera pas cachée : des notes d’observation, des croquis, des photos seront réalisés.
    • Un travail d’observation participante avec les différents acteurs interrogés pourra être envisagée. L’observation réalisée se fera dans le but d’observer les pratiques de terrain, le comportement des individus, les interactions possibles avec d’autres acteurs et/ ou avec la faune sauvage tout en étant partie prenante de l’activité.

    Ces observations donneront lieu à la rédaction régulière d’un journal de terrain et nous permettront de comprendre la formation des différents discours, et de saisir in situ le rapport des acteurs au territoire et à la faune.

     

    Mots-clés de recherche : Tourisme d’observation de la faune sauvage, rapports homme-animal, construction sociale nature, Guyane, éthique de l’environnement, développement territoriale durable