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Les chrétiens orthodoxes roumains en France

Entre exil géographique et reconfigurations identitaires


Thèse de Jean-Michel LEMONNIER (ESO Angers)
Direction :


Cette thèse a pour ambition de s'intéresser à la construction ou à la redéfinition des identités des chrétiens orthodoxes roumains présents sur le territoire français. L’enjeu est d’étudier cette diaspora roumaine de confession orthodoxe en mettant en œuvre une démarche comparative entre différentes zones géographiques où sont installés les fidèles afin d'appréhender leurs pratiques socio-spatiales, culturelles, leurs représentations.  Il s'agit donc d'étudier la pratique religieuse des orthodoxes roumains dans ses différentes déclinaisons et questionnements. En ce qui concerne la délimitation spatiale de notre objet, nous nous concentrerons sur l'ouest de la France (en particulier la Bretagne, les Pays de la Loire), mais aussi sur la région parisienne, là où se situe le siège de la métropole orthodoxe roumaine d'Europe occidentale et méridionale (mais aussi l'archevêché d'Europe occidentale) et certainement la plus grosse communauté roumaine de France. Une comparaison de la situation française avec celle des immigrés roumains de confession orthodoxe en Belgique est aussi envisagée.

Cet être roumain orthodoxe qui est donc un état est doté d'une spatialité, a ses propres pratiques ancrées spatialement qui construisent son identité individuelle et collective. Aussi entre les territoires déterminés par l'histoire, de la Roumanie à la France, et les différentes territorialités et espaces vécus doivent, certainement, apparaître de nouvelles identités spatiales et culturelles nourries de tout un imaginaire, d'une mémoire individuelle et collective. Or donc, entre appartenance à l'Eglise orthodoxe roumaine et stratégies socio-spatiales individuelles et collectives de développement local comment le chrétien orthodoxe roumain est amené à définir ou redéfinir son identité sur l'espace français ? De quelle manière et jusqu'à quel point l'identité des chrétiens orthodoxes roumain, est-elle mise à l'épreuve sur ce territoire français de tradition catholique en pleine redéfinition de son identité spatiale, sociale et culturelle, du fait parfois de sa "sortie tardive du religieux" (dans le cas breton, vendéen...) et d'autres pratiques religieuses (autres confessions chrétiennes et autres cultes non-chrétiens) des populations désormais elles aussi spatialement ancrées ? S'il existe une stratégie politique ou géopolitique d'implantation de l'Eglise orthodoxe roumaine et une volonté de "guider" la diaspora roumaine, quelle est sa part de responsabilité dans ce travail de (re-)définition de l'identité des Roumains orthodoxes installés en France ? Au delà de la simple spatialisation des phénomènes (où ces églises se sont-elles implantées ?), nous tâcherons de savoir  quelle est la logique (sinon la loi) générale, s'il y en a une, qui guide ces implantations. Nous pourrons aussi nous attarder sur le problème de la superposition des juridictions des différentes Eglises orthodoxes, celui de l'ethno-phylétisme, du nationalisme inhérent à l'existence d'"Eglises ethniques" qui entrent, a priori, en contradiction avec l'idée d'Eglise catholique (universelle) orthodoxe. Cette thèse s'inscrit donc au croisement de la géographie du fait religieux, de la géographie sociale dans ses préoccupations liées au développement local et de la géographie politique. Outre, le travail de synthèse bibliographique, le recueil de données statistiques, nous privilégierons l'observation participante  tout au long de notre recherche.

La question de la pratique religieuse n'est pas la seule qui nous concerne, puisque loin de se limiter à la fréquentation des offices, l'existence des communautés chrétiennes orthodoxes roumaine dans paroisses est aussi conditionnée par l'existence d'associations, de programmes culturels, d'activités catéchétiques, d'organisations de pèlerinages en France et à l'étranger, de camps d'été. Dans cette affirmation identitaire re-territorialisée, les relations entre émigrés roumains orthodoxes et la culture du pays d'origine semblent de grande importance. Existe-t-il, d'ailleurs, une théologie populaire d'importation spatialement ancrée en France qui se développe en marge de l'Eglise orthodoxe roumaine ? Nous observerons donc les modalités de transmission de la culture orthodoxe roumaine dans ce contexte français (enculturation, transmission de la culture du groupe à l'enfant). 

Ensuite, l'image numérique des chrétiens orthodoxes roumains rejoint forcément la question de l'affirmation ou réaffirmation identitaire de ces Roumains exilés. Nous nous attarderons sur l'articulation entre paroisse, en tant que lieu géographique et sites orthodoxes, cyber-dévotion. Cette articulation de l'espace concret vécu et de l'espace virtuel relève d'une dialectique du local-global compréhensible par une analyse approfondie des contenus des différents sites et blogues relatifs à l'orthodoxie roumaine. Enfin, de l'exil à l'intégration, du déracinement aux recompositions sociales et identitaires, avec cette question, l'installation des migrants roumains en France est-elle un moyen de (re-)trouver ses "racines"?En quoi la proximité avec d'autres cultures permet-elle de revenir à soi en tant qu'être roumain ? Cela implique de connaître le poids des stéréotypes dans la redéfinition de l'identité du chrétien orthodoxe roumain et de comment à partir de cela se construit une différence. L'exil géographique est-il un exil ontologique pour ces Roumains orthodoxes ? Si le centre originaire, matriciel, est quitté dans quelle mesure cet éloignement du centre géographique rapproche l'émigré du centre de sa propre culture mais aussi de son propre être ? Cette immigration ressort-elle du seul domaine de la nécessité pratique (économique) ? L'émigré roumain devient-il ce qu'il est par les  influences qu'il subit suite à sa migration ? Outre la géographie, l'apport de la production culturelle littéraire déjà ancienne des émigrés roumains (Cioran, Eliade) mais aussi d'autres auteurs (Noica, Ionescu...) est-elle en mesure d'éclairer la situation d'exil des Roumains orthodoxes ?