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Les immigrés au seuil du grand âge

Analyse des parcours de vieillissement et de fin de vie dans les territoires de vie des migrants


Thèse de Aurélien MARTINEAU (ESO Angers)
Direction :
Financement :
  • Allocation doctorale


D’ici et de là-bas, de leur pays d’origine à la France, la présence des personnes immigrées a pendant longtemps été envisagée comme provisoire et temporaire sur le territoire national par les pouvoirs publics et la société civile. Cependant, une part importante des personnes immigrées se sont installées durablement en France, souhaitant y passer leur retraite et leur fin de vie (Attias-Donfut, 2005). L’évolution des parcours de vie des personnes immigrées a donc guidé le développement des études scientifiques. Tour à tour, les immigrés ont été travailleurs, retraités et aujourd’hui personnes au seuil du grand âge, dans cette période transitoire où l’entrée en situation de dépendance et la fin de vie sont des enjeux centraux.

L’objectif de la recherche est d’analyser la pluralité des situations dans l'avancée en âge des personnes immigrées en lien avec leurs parcours de vie. Ces parcours étant pleinement inscrits au sein des territoires de vie, nous étudierons les modalités résidentielles et de prises en charge au niveau territorial de l’avancée en âge des immigrants vieillissants. L’étude de leurs conditions de santé, de bien-être et donc de « bien vieillir » permettra d’appréhender les problématiques qui sont associées au maintien à domicile et à l’entrée en institution gérontologique de ces publics. Ce projet de recherche aura pour finalité de prendre en compte la dimension spatiale du vieillissement des immigrés à l’échelle locale (habitat, ville, quartier), départementale et régionale.

Pour préparer ce projet de recherche, une recension des écrits sur le thème du vieillissement des personnes âgées immigrées a été réalisée (Plard, Martineau et Fleuret, 2015). Cet article scientifique représente les fondations du projet doctoral qui a permis de mettre en lumière les principaux manquements de la littérature scientifique sur le vieillissement des personnes immigrées.

Ainsi en 2008, il y avait en France 890 000 personnes immigrées âgées de 65 ans et plus, soit 8% de la population totale de cette même tranche d’âge. Le nombre d’immigrés âgés est en constante augmentation et ces publics se caractérisent par leurs hétérogénéités sociales et culturelles. La littérature scientifique dresse le constat que les personnes immigrées rencontrent les mêmes difficultés que le reste de la population face au vieillissement et la survenue de la dépendance. Mais au vu de leurs situations, de leurs cultures et de leurs origines, ils peuvent rencontrer des difficultés supplémentaires par rapport aux personnes âgées non-immigrées : conditions de vie socio-économiques moins avantageuses, faibles pensions de retraite, barrière de la langue, méconnaissance et non-recours à certains droits sociaux, dépendance précoce, solitude et isolement. Au vu de ces difficultés cumulatives, une partie des personnes immigrées vieillissantes sont qualifiées de population dite « vulnérable» et donc potentiellement en proie à des parcours de vieillissement complexifiés (Samaoli, 2012 ; Hamel & Moisy, 2013 ; Jacquat & Bachelay, 2013). C’est ainsi qu’une lecture gérontologique de l’immigration s’est développée progressivement dans les travaux scientifiques en accompagnant l’intérêt croissant que les pouvoirs publics ont porté à cette question sociale (Jacquat et Bachelay, 2013).

Pour autant, au sein de la littérature scientifique certaines dimensions ont été peu convoquées et étudiées. C’est par exemple le cas du segment démographique dit du “grand âge”, qui positionne les personnes au seuil de la dépendance et plus précisément les « 70 ans et plus » (Plard, Martineau, Fleuret, 2015). C’est également une lecture géographique des parcours de vieillissement des immigrés âgés qui est peu lisible dans les travaux de recherches (Ibidem). D’où l’intérêt de ce projet de recherche, car les modalités de vieillissement des personnes âgées immigrées semblent différer dans les travaux selon les espaces de vie, qu’elles résident par exemple en milieu rural ou en milieu urbain (Ibidem), que leurs proches soient présents ou non en France. Enfin, les situations des personnes immigrées n'ont pas été étudiées à la lumière des principaux concepts du champ gérontologique, tel que le paradigme du «bien vieillir». Le projet de thèse propose donc une lecture gérontologique et spatialisée à travers l'analyse des parcours de vieillissement de personnes immigrées. Ce projet s’articule de plus aux enjeux territoriaux présents à l’échelle du Maine et Loire et plus particulièrement dans les agglomérations angevine et choletaise. Les constats partagés font état d’une demande sociale de la part de travailleurs sociaux et d’associations intervenant auprès de personnes immigrées vieillissantes, notamment en logement social.  La montée en charge de ces publics, conjuguée aux problématiques spécifiques qui peuvent être rencontrées, nécessite une amélioration des connaissances des conditions de vie, des besoins sociaux et de santé des immigrants au grand âge.

- Problématique de recherche :

Quels sont les enjeux sociaux et spatiaux du bien vieillir pour les personnes immigrées ?

- Terrains d’étude :

La réalisation de ce projet de recherche nécessite de porter un regard croisé sur des territoires distincts pour analyser les parcours de vieillissement des personnes immigrées dans des contextes spatiaux différents. Pour cela, deux territoires ont été choisis : Un premier terrain de recherches en Pays de la Loire avec les agglomérations d’Angers et de Cholet et un second en l’Île de France sur la ville de Montreuil. La plus-value de ces deux terrains de recherche est de mettre en perspective l’analyse des parcours de vieillissement des immigrés sur des territoires aux caractéristiques différentes.