ACCÈS AU SITE DE L'UMR

Les quartiers créatifs, entre clubbisation et ouverture du développement territorial


Thèse de Basile MICHEL (ESO Angers)
Direction :


Les quartiers créatifs, entre clubbisation et ouverture du développement territorial

Dans le contexte de concurrence entre les territoires, la culture est de plus en plus plébiscitée comme levier de développement. Les discours politiques et scientifiques se multiplient autour des enjeux économiques, sociaux, urbains et culturels dont sont porteuses les activités culturelles et créatives (Caves, 2000 ; KEA, 2006 ; Terrin, 2012). En se regroupant dans des quartiers centraux des villes, ces activités tissent des liens spécifiques entre-elles et avec les territoires, et font émerger des réseaux collaboratifs potentiellement marqués par l’entre-soi. La clubbisation (Charmes, 2011), correspondant à un regroupement volontaire d’individus permettant à chacun de tirer des bénéfices dont seront exclus les non-membres, s’affirme alors comme une hypothèse à tester.

Les quartiers créatifs sont l’objet central de cette thèse. Ils correspondent aux espaces centraux et péricentraux des villes dans lesquels se concentrent les travailleurs des secteurs culturels et créatifs (activités culturelles non industrielles : arts visuels, arts du spectacle, patrimoine. Industries culturelles : édition, musique, jeu vidéo, télévision, radio, vidéo, et cinéma. Activités créatives : design, publicité et architecture). Ces quartiers sont généralement marqués par une histoire industrielle et populaire forte (Ambrosino, 2013). Le déclin de l’industrie a provoqué une crise économique et sociale, et entrainé le développement de friches urbaines et industrielles (Andres et Grésillon, 2011). Leur image négative, associée à un état de délabrement prononcé, se transforme pourtant grâce à l’implantation d’artistes, et plus généralement de travailleurs créatifs. Ces implantations relèvent à la fois de choix personnels et collectifs des créatifs, mais aussi d’actions politiques volontaristes en matière de renouvellement urbain par la culture.

La trajectoire de ces quartiers renvoie aux concepts de résilience territoriale (Hamdouch et al., 2012) et de gentrification (Ley, 2003 ; Smith, 2003), dont l’entremêlement nécessite une analyse précise, notamment afin de répondre à mon questionnement central :

Par leur développement et leur regroupement dans d’anciens quartiers industriels de la ville, les activités culturelles et créatives peuvent-elles stimuler l’innovation et la création de lien social ; ou leur mise en proximité participe-t-elle à une clubbisation des quartiers créatifs et à la fragmentation des métropoles par l’émergence de processus de gentrification, voire même à la disparition du potentiel créatif par la baisse de la sérendipité (Vivant, 2009) ?

Les enjeux de cette recherche sont donc multiples :

- Le rôle des activités culturelles et créatives dans le développement territorial : développement économique, lien social et cohésion sociale, renouvellement urbain.

- Les risques de gentrification, de sélection sociale et d’exclusion liés aux quartiers créatifs.

- Les effets de lieu sur l’innovation et la créativité.

- Les dynamiques collaboratives et les réseaux d’activités culturelles et créatives.

Pour illustrer et nourrir le débat autour de ces enjeux, et apporter des éléments de réponse à la fois théoriques et opérationnels, un travail de terrain est réalisé sur des quartiers centraux de la ville de Nantes (Olivettes), de Marseille (Panier) et de Grenoble (Berriat).

Objectifs principaux :

- Déterminer la pertinence du club comme modèle d’organisation des travailleurs créatifs au sein des quartiers.

- Identifier les bienfaits et les risques liés à la mise en réseau des activités culturelles et créatives.

- Etablir une typologie des formes de développement « créatif » et identifier les forces et les faiblesses des quartiers créatifs et des actions politiques menées.