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A l'articulation du sanitaire et du social, la profession d'Assistant de Service Social à l'épreuve de "l'expertise sociale" dans la dimension spatiale des sociétés

Analyse des justifications et critiques d'un domaine de compétences


Thèse de Régis ROBIN (ESO Angers)
Direction :


Parmi les termes contemporains que l’on voit apparaître et se développer dans différents champs et sur de multiples scènes, l’expertise y a une place prépondérante.

Se fier au spécialiste des spécialistes, au garant d’une forme de rationalité, défier le « flou », rationaliser l’irrationnel, mesurer, quantifier… S’en remettre à celui qui sait, celui qui saurait, semble d’actualité, tout au moins « à la mode », « à la mode de chez nous » dorénavant. De multiples et variables sens et interprétations sur lesquels il conviendrait peut-être de s’accorder.

L’expertise sociale, terminologie qui s’impose dans le cadre de la formation des futurs Assistants de service social (ASS) et s’inscrit dorénavant dans la définition de cette profession via la réforme des études en date de 2004, vient interpeller, interroger, intriguer les ASS au regard de leurs pratiques, de leurs fonctions, de leurs missions, de leurs valeurs, tout autant qu’elle vient réinterroger, réactualiser, une compétence, une profession, une forme de professionnalisation.

L’identité professionnelle des ASS s’est transformée dans la temporalité des processus de territorialisation et de décentralisation de l’action sociale, de décloisonnement et d’intersectorialité, invitant à un regard global notamment à l’aune de l’articulation du sanitaire et du social.

Etre « artisan » (CSTS[1]) plutôt qu’« expert », sans systématiquement rejeter l’appellation, pourrait résumer les propos de quelques ASS rencontrés, notamment dans le cadre du M2 mais aussi à l’occasion de rencontres plus récentes. Pourtant, un croisement opéré entre les différents apports théoriques autour de l’expertise et les compétences des ASS déclinées lors des entretiens démontre une corrélation significative.

Les représentations et valeurs associées à cette terminologie initient une forme de résistance des ASS au regard de celle-ci. Concomitamment, ils peuvent la revendiquer, tout au moins souhaiter l’utiliser stratégiquement, dans la perspective d’une recherche de reconnaissance de leur travail. La recherche de compréhension des enjeux que « l’expertise sociale » met à l’œuvre dans et pour la profession d’ASS est le premier fil conducteur de notre réflexion. Nous nous inscrivons dans une perspective socio-historique, notamment en termes d’évolution de la profession, des terminologies, et enjeux afférents. En quoi les ASS sont interpellés aujourd’hui dans leurs compétences et la mise en œuvre, en pratique, de celles-ci ? S’agirait-il d’un « savoir lier »[2] ? Comment travaillent-ils et composent-ils avec d’autres corps professionnels, dont ceux du champ de la santé (médecins, infirmiers, etc.) ? Quelle est la place des ASS hors de leur service ? Qu’en est-il de leur légitimité et leur crédibilité dans ces espaces ? S’agit-il d’un besoin de nouvelles formes d’expertise en termes de « qualité de vie » ainsi qu’au regard de « faiblesses des liens sociaux »[3] dans notre société contemporaine ? Ce sont ainsi les « percussions », « représentations », « préconisations », qu’il convient d’interroger à l’aune de l’expertise sociale.

De façon complémentaire et interactive, le second fil conducteur de cette recherche prend essence dans l’articulation du sanitaire et du social[4] ainsi que dans une dimension spatiale[5] des faits sociaux (« l’expertise sociale » étant, ici, retenue comme tel). Il s’inscrit notamment dans les questionnements suivants :

- De quoi est constituée « l’expertise sociale » ? Qui la détient ?

- S’agit-il d’une « expertise sociale » partagée ? En quoi le cas échéant ? Qu’en est-il, à cet effet, de chacun des protagonistes (différents professionnels, usagers, bénévoles, élus, etc.) sur un même territoire ? Qu’en est-il en termes de reconnaissance ?

- En quoi « l’expertise sociale » fait-elle territoire ?

Pour illustrer et objectiver les enjeux de « l’expertise sociale » dans l’articulation du sanitaire et du social, nous restreindrons ce travail au champ de la « santé mentale ».

Cette recherche inscrite en Géographie sociale, il s’agit à travers un corpus d’entretiens (individuels et collectifs), sur un échantillonnage géographiquement raisonné, de « mettre l’accent sur le social et sa dimension spatiale (...). Cela permet d’appréhender les acteurs et leurs pratiques »[6]. L'expertise sociale faisant territoire, au sens d’un diagnostic social territorialisé qui permettrait de construire l'intersectorialité en santé, se détermine comme une géographie de l’expertise sociale. En référence à une « théorie de la dimension spatiale du social », nous retenons que l’individu n’est pas seulement le produit, l’objet de déterminismes socio-spatiaux mais que, du fait de sa position d’acteur et des intentions qui l’animent, il participe à la production de système socio-spatial au sein duquel il vit et/ou travaille. Voulant éviter l’écueil du corporatisme, nous nous intéressons à la profession d’ASS, mais bel et bien dans ses interactions, ou absence – limites – d’interactions, avec les différents protagonistes sur un même territoire. Dans cette perspective, il s’agira notamment d’analyser les rapports qui interfèrent entre des rapports sociaux, des échanges conflictuels ou consensuels, et des rapports spatiaux, des usages et/ou d’appropriation des lieux. L’expertise sociale constituant un objet d’étude polymorphe, la géographie sociale critique, outil et cadre analytique à la fois, nous permet d’adopter une méthode plurielle.