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Nouvelles possibilités d’aménagement et d’urbanisation des lieux urbains à proximité des zones humides observables sur la métropole de Tunis


Thèse de Rafika SAADAOUI (ESO Angers)
Direction :

Composition du jury :


    La ville de Tunis a vécu tout au long de son histoire plusieurs changements et évolutions. La succession des différentes civilisations a façonné le paysage urbain de la capitale. Toutefois, les zones humides ont été souvent graciés et n’ont fait l’objet d’aucune intégration spatiale ni sociale à l’exception du port de Tunis qui ouvrit directement sur le lac de Tunis. Après l’indépendance, le paysage social commence à se métamorphoser, et la ville gagne de jure du terrain par rapport à la compagne. Une transposition de la structure de l’économie était à l’origine. Le secteur agricole cède progressivement sa place aux industries et au secteur tertiaire. De nouvelles populations s’installaient alors dans la capitale suivant un rythme accéléré. La ville commence à évoluer vers ses banlieues, une évolution entrainée par une croissance démographique et sociale jamais vécue (Noômène, 2013), et dont la croissance spatiale ne coudoie pas l’accroissement urbain compte tenu de l’incertitude du devenir des territoires lors de l’élaboration des politiques paysagères de l’époque (Donadieu & Rejeb, 2009). Un étalement urbain voit ainsi le jour. Il se faisait au détriment des terres agricoles mais aussi aux alentours des zones humides. La métropole de Tunis est une des villes où l’élément aquatique est considérablement présent. Il est constitué de vastes zones humides en l’occurrence la Sebkhat Essijoumi et le lac de Tunis auxquels s’intéressera notre recherche. Ces deux zones ont eu leur part considérable dans l’urbanisation spontanée galopante. On assistait ainsi à la formation de gourbivilles (Chouari, 2013) sur les terres agricoles et aux alentours de la Sebkhat Essijoumi depuis les années 1930 et sur les berges du lac sud à partir des années 1970. Ces plans d’eau et leurs zones limitrophes étaient sujets d’une urbanisation anarchique accélérée dictée par l’absence de politiques publiques freinant ce processus, et par la perception des zones humides par les populations qui les voyaient comme des zones marginales. La Sebkhat Essijoumi souffrait d’une extension urbaine spectaculaire (Chouari, 2013) qui défigurait principalement les rives de la sebkha, mais aussi bien le plan d’eau étant donné qu’il était l’exutoire de toute une urbanisation non planifiée. Les déchets ménagers et les eaux usées sont déversés dans la zone humide en l’absence de réseaux adéquats. La nappe se détériorait alors touchant ainsi à la qualité de l’eau et par la suite à la qualité de vie de tout l’écosystème.  Les quartiers démunis se multipliaient sur les différentes rives de la sebkha, et la dégradation de toute la zone environnante est alors profonde. La prolifération de l’urbanisme anarchique a entrainé la densification du bâti qui a succédé peu à peu aux terres agricoles voire aux espaces verts. Une imperméabilisation quasi importante nuisait au système hydrique élongeant les risques d’inondation accentués par la topographie du site dont l’altitude est inférieure au niveau atteint par les eaux en temps de crue d’où le débordement des eaux sur les rives avoisinantes.

    Outre la sebkhat Essijoumi qui existe depuis les années 1800, le lac de Tunis s’est formé progressivement tant par les changements naturels que par l’intervention humaine qui consistait en une extension des plaines alluviales par deux grands cours d’eau et la formation du cordon littoral séparant la lagune de la mer, et ce depuis les temps de Carthage. Plus récentes, d’autres transformations d’origine urbaine changent la configuration de la lagune donc de ses berges. La barrière de séparation de cette lagune de la mer est envahie par les aménagements portuaires mis en place. De plus, des opérations de remblayage transformaient le niveau de rivage. Aux moments des hafsides, le port de Tunis a été créé. Les opérations d’intervention sur le lac se déclenchaient alors. Un chenal de navigation a été creusé afin de réaliser le port, le lac est divisé donc en deux parties.  Tout comme la sebkhat Essijoumi, le lac de Tunis était sujet d’une urbanisation souvent non administrée. Elle prenait une forme résultante d’une juxtaposition de plusieurs tissus résidentiels et industriels. Cette zone est riche en matière d’unités industrielles, et ainsi résidentielles pour limiter les déplacements domicile-travail. Cette urbanisation non planifiée entrainait un gaspillage des terrains, qui a été comblé par la suite par l’implantation de nouveaux tissus, cette fois spontanés. Une urbanisation qui a bouleversé l’équilibre de la zone. Le lac sud recevait ainsi les eaux usées résidentielles et industrielles, mais aussi les déchets.

    Prémédités de l’avènement de la situation des zones humides en question, les décideurs publics ont mis en place des politiques pour la réhabilitation des dites zones. Leur richesse en était le fondement principal. Ce sont deux plans d’eau étoffés de spécificités écologiques mais aussi géographiques et spatiales. Quant à la Sebkhat Essijoumi, elle se situe au Sud-Ouest de Tunis sur un bassin versant et présente des fonds de faible profondeur (Chouari, 2013). La sebkha présente trois zones principales d’intérêt écologique à savoir des zones d’haute priorité écologique, des zones couvertes de végétation, et une partie du lac préservée pour les oiseaux aquatiques, dont la grande partie est migratoire, formant une faune diversifiée attirée par cette zone humide. En sus, elle possède une flore riche où on y trouve toute sorte de plante. En outre, l’écologie de la sebkha s’attache à reconnaitre les multiples relations et interdictions des composantes de la nature. Elle se présente comme un système ou une série de systèmes hiérarchisés. Corrélativement, le lac de Tunis représente la partie sud d’un complexe aquatique dont le lac Nord et le canal font partie. C’est une zone riche sur le plan environnemental et écologique. Sa faune ainsi que sa flore sont variées. On note la présence d’une réserve ornithologique qui héberge chaque année différentes espèces d’oiseaux. Compte tenu de cet amalgame de spécificités environnementales, l’Etat revient sur l’état dégradé de ces zones et lance des programmes de requalification urbaine en vue de la recomposition de la capitale, recomposition par et pour les plans d’eau des zones humides et de leurs berges et zones avoisinantes. En ce qui concerne la Sebkhat Essijoumi, et en 1984, un plan de restructuration de sa zone ouest a été mis en place dans le but de contrarier l’habitat spontané mais dont les résultats n’étaient pas satisfaisants dans la mesure où ce type d’habitat continuait à se proliférer (Chouari, 2013). Appréhendant le rôle important de cette zone humide dans l’équilibre de la capitale, les acteurs politiques ont lancé des programmes de reverdissement des rives (Chouari, 2013) par la création de trames de ceintures vertes. Un programme de reverdissement qui ne s’intègre pas dans un programme global d’assainissement ou de requalification s’avérant nécessaire pour la sauvegarde d’un écosystème aussi important. Ce qui nous rappelle les résultats escomptés mais non atteints comme auparavant projetés par les politiques de replantation des haies en Europe (Donadieu, Rejeb, 2009). Pour le lac sud, les travaux de dépollution, de drainage et d’aménagement ont été programmés sous l’éloge d’une société créée dans ce même but vers la fin des années 1980. Seuls les travaux de dépollution et de drainage ont eu lieu. Le réaménagement de cette zone était tributaire de la présence des investissements étrangers. Les investisseurs étrangers, qui se font approprier le projet urbain mis en étude, voulaient par cette intervention créer un projet urbain similaire de modèles tout faits en négligeant l’identité du site et ses caractères intrinsèques (Donadieu, Rejeb, 2009). Après la crise financière mondiale de 2008, le projet a été mis en surbrillance, et ce jusqu’à nos jours.

    Ainsi, et malgré la multiplicité des programmes visant la remise en état des paysages urbains des deux zones humides, ces essais restent insuffisants vu la dégradation continue de ces paysages naturels et urbains et l’amortissement de l’assise écologique jamais atteint. Ils demeurent des espaces qui manquent de qualité paysagère. Ce qui incite des réflexions quant à l’efficacité des instruments ainsi expérimentés.

    Mots-clés de recherche : Enjeux, Changement climatique, Société urbaine , Projets urbains près des plans d’eau, Jeu d’acteurs, aide à la décision