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Colloque INFORMA

L’Injonction à se former. Regards croisés sur les transformations des systèmes de formation


Université d'Angers, Maison de la Recherche Germaine Tillion, du jeudi 26 au vendredi 27 novembre 2020

Cet évènement vise à rendre compte des travaux menés par les chercheurs ligériens (ESO-Angers, GRANEM, CENS, CREN, DCS, GAINS, LPPL) impliqués au sein du programme INFORMA (Pour « l’Injonction à se FORMer et à s’Adapter »). Ces derniers ont pris pour objet la formation, afin d’interroger son caractère injonctif, dans un contexte qui en a fait un outil privilégié dans la lutte contre le chômage et l’instabilité des parcours professionnels. Le colloque sera l’occasion d’éprouver cette notion d’« injonction à se former », en croisant les recherches pluridisciplinaires menées dans le cadre du programme INFORMA avec des analyses réalisées par des spécialistes français et étrangers (Espagne, Lituanie, Roumanie, Québec, Suisse) de la formation, dans des contextes locaux et nationaux contrastés.

Argumentaire du colloque

En France, face au problème du chômage et aux difficultés majorées des moins diplômés pour accéder à l’emploi, l’injonction à trouver une relation directe entre formation et emploi s’avère particulièrement forte (Tanguy, 1986). La formation, qu’elle soit initiale ou continue, apparait de plus en plus investie d’une mission d’insertion sociale et professionnelle ou d’adaptation des salariés aux transformations de l’appareil de production. Les multiples réformes qu’a connu, notamment, le champ de la formation continue, ont par exemple refaçonné cette dernière dans une logique d’individualisation, voire de personnalisation, afin d’en faire un moyen privilégié de l’accès à l’emploi et de son maintien. Pour d’autres fractions du salariat, il s’agit plutôt de sécuriser des parcours professionnels, dans un contexte politique et économique qui tend vers la flexibilisation du « marché du travail ». Tandis qu’elle fut érigée en France, à la fin des années des 1950, autant comme une mesure de justice sociale que comme un levier pour la croissance économique (Dubar, 2015), la formation semble ainsi s’imposer aujourd’hui comme une injonction au nom de la lutte contre le chômage et l’insécurité sociale et/ou professionnelle.

Si cette notion d’« injonction » ne constitue pas à l’heure actuelle un concept sociologique, elle se rapporte, à tout le moins juridiquement, à un ordre de faire ou de s'abstenir de faire quelque chose, émis par une autorité, à l’endroit d’un tiers qui le reçoit et qui doit s’exécuter, au risque de voir s’infliger une sanction. Du côté de la psychologie, l’usage de ce terme renvoie à l’expérience vécue d’un ordre adressé, d’une manière explicite ou non, à un individu ou à un groupe d’individus, et dont le message peut éventuellement porter des affirmations contradictoires ou incompatibles entre elles. Cette double entrée analytique (qui positionne d’emblée la question de la formation soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de l’individu), peut hypothétiquement être complétée par la caractérisation d’un type de rapport social spécifique, permettant d’articuler une approche compréhensive des usages de la formation à ses déterminants sociaux et politiques. De ce point de vue, le reformatage de la formation comme condition essentielle de l’accès à l’emploi ou de la conservation d’une place dans le monde du travail, ne consiste-il pas à reporter sur chaque individu, la responsabilité de son insertion professionnelle et de la sécurisation de son parcours ? En somme, l’injonction à se former semble reproduire l’édification de cette figure idéale d’un travailleur « mobile, flexible, autonome et proactif, capable d’anticiper les évolutions du marché du travail » (Maillard, 2015), bien loin de la réalité sociologique des individus.

Ce postulat invite à s’interroger dans une double direction, que les organisateurs de ce colloque envisagent de développer. D’une part, il s’agit de pouvoir tester la pertinence de cette notion d’« injonction » pour caractériser les évolutions des dispositifs de formation professionnelle, tant du point de vue des politiques qui les encadrent, qu’au niveau des formes concrètes à travers lesquelles elle se matérialise, en allant jusqu’aux expériences vécues des intéressé·e·s. Autrement dit, quelles sont les formes et les modalités concrètes (et singulières) que revêt cette injonction aujourd’hui, ainsi que ses formes d’appropriation ? D’autre part, il s’agit de soutenir cette perspective dans une logique de comparaisons internationales des différents systèmes de formation. Ici, il est question de voir si les discours et les politiques de l’emploi qui se déploient ailleurs dans le monde (en Europe et au-delà) sont similaires ou comparables à ceux qui se sont imposés en France depuis maintenant plus d’une quinzaine d’années. De même, est-ce que cette injonction à la formation se répercute dans les relations de travail et dans les processus d’insertion professionnelle, dans des contextes socio-économiques différents ? Enfin, comment ceux et celles à qui elle s’adresse, qu’ils/elles soient actifs/ves occupé.e.s ou au chômage, la reçoivent et en font l’expérience, dans des univers sociaux où les protections sociales n’ont pas nécessairement la même histoire qu’en France et dont les formes peuvent fortement varier ?

 

Ce double objectif, d’affiner cette notion d’« injonction à se former » et de tester sa pertinence à partir de comparaisons internationales, sera décliné dans cinq ateliers :

1) Les enjeux politiques et économiques de la formation

2) La formation, inégale ?

3) La formation : pratiques et modèles

4) Formation et transformations du travail

5) La formation, entre émancipation et normalisation

Chaque atelier regroupera au moins une communication d’un·e chercheur·e impliqué directement dans INFORMA, une communication d’un·e spécialiste français·e de la formation et une communication internationale.

 

Mots clés : formation – injonction – emploi – travail – chômage – inégalité – politiques actives d’emploi

Contacts : Manuella Roupnel (manuella.roupnel-fuentesherrera@univ-angers.fr) et Simon Heichette (simon.heichette @ univ-angers.fr)